FESTIV’ART 2017 : interview de No Money Kids

FESTIV’ART 2017 ça continue ! Ce soir l’interview de No Money Kids, un duo electro blues fort sympathique et talentueux. Découvrez comment ils se sont rencontrés et comment No Money Kids est né.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Félix Matschulat : on s’est rencontré en studio. Moi à la base je venais pour enregistrer un album avec un autre projet qui n’avait rien à voir avec No Money Kids. Jean-Marc devait uniquement s’occuper de la réalisation et de toute la partie technique. Il y avait 2 semaines de studio prévues. Les musiciens sont restés durant 2 jours et tout le reste du temps, on l’a passé à deux, à travailler sur l’album. Au sortir de cet album, on s’est dit qu’il fallait vraiment que l’on fasse quelque chose ensemble. Au début c’était assez indéfini et au fur et à mesure on s’est rendu compte que ça marchait tellement bien qu’il fallait qu’on l’amène sur scène.
Jean-Marc Pelatan : on s’est dit « bon on reste à deux, on prend un bout du studio, on l’amène sur scène et on le transforme en instrument de musique » On s’est débrouillé, on a tripatouillé, on est 2 et demi ! C’est comme ça que l’on a modelé l’esprit de No Money Kids.

Par exemple les parties de percussions, comment vous les préparez ?

Jean-Marc : ça c’est programmé. En fait tout est joué, il n’y a pas de plugs. C’est nos synthés, on enregistre nos textures et après on amène ça sur scène en tout petit, ce qui nous permet de les modeler dans tous les sens ! C’est pas un truc que l’on commence et on va jusqu’à la fin du morceau… Non, non ! Si on veut, on brise tout. On peut même jouer un morceau avec d’autres loops que ceux prévus à la base. On peux aller très loin. On a fait en sorte que la machine ne nous bloque pas et elle ne nous bloque pas.
Felix : on travaille les patterns de notre côté, c’est à dire qu’on ne prend pas un pattern défini et on écrit une chanson dessus. C’est vraiment la chanson qui amène ensuite toute une réalisation. Tout est fait chez JM au studio.

Votre premier album dépeignait une galerie de personnages plutôt miséreux, qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Jean-Marc : on a fait ça (il lève ses lunettes) « oh dit donc merde… bon je les remets parce que y’a des trucs qui vont pas » (rires).
Felix : Ouais c’est un peu ça ! On est 2 petits banlieusards et on a toujours vécu avec des gens qui n’avaient pas trop de thunes, sans caricaturer… Certains personnages nous on touché, on s’est dit qu’il fallait que l’on témoigne de quelque chose que l’on avait vu. Ou que l’on essaie d’apporter notre vision de la société actuelle.

On retrouve les personnages dans le second album ?

Jean-Marc : ils vont bien !
Felix : ouais ils vont mieux ! Pour le second album « Hear The Silence » on s’est plus concentré sur nous. J’avoue avoir vécu des choses qui m’ont poussé à une introspection. Donc les chansons de ce second album sont plus centrées sur le narrateur. Ce n’est pas exactement pareil que le système d’épisodes qui avait été développé pour le premier album.
Jean-Marc : le premier album était plus « crié », le projet était nouveau. Felix et moi on a « crié », il y avait quelques années à expulser.
Felix : après ce n’était pas réfléchi, on ne s’est pas dit qu’il fallait que l’on fasse différemment sur le deuxième album.
Jean-Marc : on s’est rendu compte que ça a fait ça en tout cas !
Felix : comme on a pas de contraintes et que l’on est acteurs dans toute la chaîne de la production, finalement on a pas de limites.

L’esthétique de vos albums et de vos clips est très cinématographique, qui vous accompagne sur le développement de cette identité très forte ?

Jean-Marc : c’est un photographe de mode que l’on nous a présenté. Par contre, c’est complètement par hasard que ça a fonctionné avec lui. On est arrivé chez lui, il était en train de dé-rusher un truc. On a vu les images, on a posé notre son et on a fait « ouh dit donc ça marche bien ! ». C’est un mec qui a une patte, il prend n’importe quel appareil photo, lui il la fait, toi tu la fait… et c’est pas la même photo !!! Donc il a défini ce truc là, noir et blanc contrasté qui marche super avec nous, une sorte de « crasse classe ». Il s’appelle Djamel Boucly et avec lui on a développé cette galerie de personnages. Par exemple le vieux barbu de « old man », c’est un mec qu’il a pris en photo devant nous.
Felix : ce qui est marrant c’est que l’on a fait tout le tour de Paris pour trouver UN mec avec une grosse barbe ! Le thème de la chanson c’est un jeune qui se sent mourir de l’intérieur et on s’est dit que la forme qui pouvait le représenter finalement, c’est le SDF. Donc on a recherché une gueule et on est tombé sur un mec qui faisait de la musique. On a passé toute la journée à chercher quelqu’un, on a même eu des histoires avec des mecs et on est tombé sur ce gars là en fin de journée. Djamel a juste eu le temps de prendre un cliché et c’était la pochette de l’EP.

Certains de vos titres ont été utilisés dans des séries ou films américains, ça fait quel effet ?

Jean-Marc : ça fait beaucoup de vues sur YouTube… Un matin tu te lèves t’as 100 000 vues « mais qu’est-ce qui s’est passé ?! » Et là t’as un mec qui te demande de jouer un morceau que tu n’as pas joué depuis 2 ans « et d’où tu le connais ? » Et c’est grâce au film… Là c’est bizarre… Ça t’appartient plus en fait ! Le morceau est à tout le monde. Nous c’est un morceau parmi tant d’autres, c’est la série qui en à fait un morceau à part. C’est assez curieux d’autant que ce n’est pas le même public.
Felix : c’est vrai que lorsque l’on s’est retrouvé sur la même affiche que Al Pacino et Anthony Hopkins ça nous a fait bizarre. Après on est vite redescendu, c’est éphémère ce truc là. Ça va tellement vite aujourd’hui quand un film sort, un autre le remplace déjà. On a eu des joies comme ça. Quand on nous a annoncé l’apparition d’un de nos titres dans une série américaine, nous petits français qui ne représentons pas grand chose pour les États Unis on s’est dit « putain quand même ! » c’est agréable !

Vous n’avez pas encore fait de tournée aux États Unis ? Vous aimeriez vous y produire ?

Jean-Marc : c’est en gestation, on va commencer par l’Angleterre, c’est moins loin !
Felix : on ne fait pas de la chanson française donc forcément on aimerait exporter notre musique. On y est allé chacun pour des voyages mais jamais pour présenter notre projet. Après c’est comme tous les rêves je pense, c’est bien de le rêver mais une fois que tu l’as fait ça perd un peu de son charme.

La scène ça représente quoi pour vous ?

Felix : la scène c’est le lien avec les gens. Moi ce qui m’a donné envie de faire de la musique c’est de la partager. Après il y a quelque chose de bizarre. Monter sur scène ce n’est pas forcément naturel et puis c’est une mise en avant qui peut être parfois malsaine ou autocentrée. C’est vraiment une transe particulière, en tout cas pour moi.
Jean-Marc : pareil, le concert c’est un peu la racine du truc… si t’as pas ça… Enfin nous en tout cas, si on a pas ça on est très frustrés ! C’est capital les concerts.

L’ambiance festival c’est quelque chose que vous affectionnez ?

Felix : c’est marrant par ce que tu te retrouves avec plein de gens, que tu croises une fois et que tu recroisera peut être après…
Des danseuses burlesques !

Felix : oui voilà dans le même bus ! (rires). Au début de la tournée je t’avouerais que l’on était supers contents à chaque concert, donc on faisait la fête à peu près à chaque concert. A un moment on s’est dit « va falloir que l’on se calme un peu »… pour des questions de santé.
Jean-Marc : non mais c’est les gens aussi, ils t’amènent des bières sur scène… mais ils sont fous !!!! Alors toi tu les bois (rires).
T’as soif en fait ! 

Jean-Marc : T’AS SUPER SOIF ! Tu ne la bois pas, tu te désaltère ! C’est là que le morceau 4 devient dur. Puis le 5 est catastrophique. Bon le 10 je te dis pas, c’est la brasse, tu ne vois plus ton micro. Mais les gens sont contents parce que tu as bu leur bière. Ouais une sorte d’échange, un partage ! C’est très Enrico Macias là tout d’un coup wouah !! (rires).

Quel est votre premier souvenir musical ?

Jean-Marc : moi c’est mon papa, quand il jouait… j’ai appris avec ce qu’il a fait.
Felix : c’est marrant parce qu’on a une histoire commune, moi c’est pareil, c’est familial. Mon père était prof mais il passait tout son temps à jouer de la musique. Depuis que j’ai des souvenirs finalement c’est des souvenirs musicaux. Ce serait dur d’en citer un…
Jean-Marc : c’est vrai la plupart de nos souvenirs sont musicaux.

Le premier album que vous ayez acheté ?

Jean-Marc : ah ça se dit pas t’es malade ! moi je ne dis pas… censuré !
Tu as honte ?

Jean-Marc : oh ben oui, bien sûr !
Felix : Attends parce qu’il y a une précision quand même. Est-ce que c’est le premier album acheté avec tes propres sous ou avec ton argent de poche ?
Jean-Marc : aaaah ça me sauve ça c’est pas mal… non c’est bien ça !
Les deux dans ce cas là !

Felix : les deux ! Bon alors mon premier album Gene Vincent Be-Bop-A-Lula un petit 45 tours qui était rose et bleu. La version 59 pas une autre. Et après le premier album que je me suis acheté moi, c’était une compile d’Otis Redding et je m’en souviens encore.
Jean-Marc : bon moi c’était des K7 hein et c’était Pierre et le Loup avec Gérard Philippe. Attention pas n’importe quelle version ! C’était une K7 jaune qui s’enroulait tout le temps… (il se met à fredonner)… et après je suis passé à AC/DC et c’est là que j’ai perdu ma mère ! J’étais jeune. Elle a vu des mecs avec des guitares plantées dans le ventre, avec du sang qui sort… Elle a pas compris ! Je ne comprenais pas non plus d’ailleurs. Mais j’aimais bien, je sentais que ça se passait par là tu vois. Voilà Pierre et le Loup > AC/DC ! (rires).

Et le premier concert auquel vous avez assisté ?

Felix : oh j’étais un foetus (rires). Mes parents m’ont trimballé dans tellement de concerts. Non je sais pas, je peux pas te dire…
Y’en a pas un qui te revient ?

Felix : ben conscient… je crois que c’est les Stray Cats au Grand Rex. Je devais avoir… je ne sais pas, je ne peux même pas te dire, je dormais dans les sièges en haut. Mais je me souviens m’être réveillé et avoir vu Brian Setzer qui sautait sur la batterie et Slim Jim Phantom qui sautait par dessus la contrebasse. Et là je me suis dit « wouah c’est un truc de fou » (rires).
C’est là que tu t’es dis « je veux devenir musicien » ?

Felix : euh non ils m’ont fait peur quand même. Quand t’es gamin t’es pas tout de suite un punk ! (rires).
Jean-Marc : quand tu veux faire de la musique, tu sais pas que tu vas devoir monter sur scène. C’est quand tu sais ça tu te dis « ouais non en fait, je veux pas faire de musique ». T’as jamais envie d’y aller, c’est un truc qui est pas naturel. Enfin pour moi.
Et toi ton premier concert Jean-Marc ?

C’était les Floyd, bon après j’ai fait Genesis… ça allait pas trop dans ma tête (rires). Ouais les Floyd… C’était au Château de Versailles. En fait je ne me souviens pas du tout du concert mais du feu d’artifice, j’étais petit. C’est là que j’ai compris que moi les concerts soit je suis sur scène, soit j’y vais pas. J’y vois rien, je suis trop petit. Donc là j’ai rien vu, sauf un gros cochon rose qui est passé au milieu des gens. Et après, le feu d’artifice, donc les petits n’avaient qu’à lever la tête. C’est pas un souvenir musical donc. Mais il était très beau ce feu d’artifice, depuis j’en ai jamais vu d’aussi beau.
C’est ton souvenir d’enfant qui le rend très beau en fait 

Jean-Marc : peut-être ! c’est possible.

Bon on va passer à l’étape vinyls

Felix : aaaaaaaa ah ben moi tout de suite je choisis Bombino, mais je ne l’ai jamais écouté son album.
Il est très bien !
J’aurais pu prendre du Black Keys ou du Dan Auerbach…

Felix : mais t’es pas loin ! c’est produit par Auerbach.
C’est Thierry le disquaire qui l’a sélectionné

Jean-Marc : ouais mais moi ils sont dessinés sur le vinyls et pas toi !!
Kraftwerk c’est un groupe qui fait partie de tes influences ?

Jean-Marc : pas du tout ! Ça fait partie des groupes que j’ai connu après en fait. Et la source est là ! J’aime bien ces mecs. Je trouve que ce qu’ils faisaient à l’époque, c’était complètement fou. Je ne comprends même pas comment les gens on pu écouter ça il y a 20 ans ! Tout ce que l’on fait là c’est des poussières de ça (Kraftwerk). Eux ils ont osé le faire ! Après j’aime pas l’attitude, le côté robotique c’est super froid… mais le son qui en sort ! L’électronique je l’ai plus vu dans Pink Floyd, bon c’est de la fausse électro mais j’aime bien les grosses nappes… Mais Kraftwerk c’est incroyable, eux ils ont changé le monde sans qu’on le voit !

Sélection de vinyls :
Nomad – Bombino
Trans Europe Express – Kraftwerk
Movement – New Order


Merci à Felix et Jean-Marc de No Money Kids avec qui j’ai beaucoup rigolé (surtout Jean-Marc ;). Merci à Charlotte qui m’a accompagné à la photo pour cette interview. Un merci tout particulier à Thierry de la Malle à Disques pour son aide dans la sélection des vinyls et le prêt à l’occasion du festival. Et bravo au créateur du bus loge du Arthur’s Day Festival, le lieu a permis une interview originale avec les autres groupes qui tendaient l’oreille à côté.

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